Hommage à Billie Holiday et Strange Fruit

Ce soir, vous amenez votre bien aimé(e) au Café Society, à Greenwich Village, New-York.

Nous sommes en 1939, et il semble que le monde est à l’aube d’un nouveau conflit.

La crise économique vous a secoué, mais vous avez trouvé un petit Eden, un refuge, le jazz !

Il ne faut bouder ces petits moments, hors-du-temps que vous offre la musique.

Surtout, vous avez réussi à avoir une table au Café Society. Votre amant(e) le sait, vous êtes là pour écouter une jeune prodige du jazz : Billie Holiday !

La soirée commence, plus qu’un café, vous mangez le plat du chef. Mais votre faim s’atténue à la seule pensée de cette nouvelle chanteuse en vogue.

D’ailleurs, la voici.

Elle entre sur la petite scène, ses musiciens s’installent discrètement à leurs place, derrière elle.

Les lumières s’éteignent doucement dans le cabaret. Vous vous retrouvez dans l’obscurité. Vous ne voyez que Lady Day, surnom donné par Lester Young à la nouvelle voix du jazz New-yorkais. Sa robe est rouge, et elle a des camélias dans les cheveux. Elle sait déjà imposer son style.

Des applaudissements, des sifflets, et comme trop souvent, quelques propos racistes sortent, ces derniers sont surtout murmurés, l’obscurité cache les visages, mais la honte empêche ces racistes d’étaler leur haine avec plus d’aplomb. Lâcheté et méchanceté, même dans le nord de l’Amérique.

La performance commence, elle débute par un petit peu de trompette, qui laisse sa place au piano. Et puis, la voix de Billie retentit, les musiciens entament leur partition, mais la mélodie, vous ne l’entendez pas. Vous n’entendez que les paroles :

Southern trees bear a strange fruit

(Les arbres du Sud portent un fruit étrange)

Blood on the leaves and blood at the root

(Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines)

Black bodies swinging in the southern breeze

(Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud)

Strange fruit hanging from the poplar trees

(Un fruit étrange suspendu aux peupliers)

Pastoral scene of the gallant South

(Scène pastorale du vaillant Sud)

The bulging eyes and the twisted mouth

(Les yeux révulsés et la bouche déformée)

Scent of magnolia, sweet and fresh

(Le parfum des magnolias doux et printannier)

Then the sudden smell of burning flesh

(Puis l’odeur soudaine de la chair qui brûle)

Here is a fruit for the crows to pluck

(Voici un fruit que les corbeaux picorent)

For the rain to gather, for the wind to suck

(Que la pluie fait pousser, que le vent assèche)

For the sun to rot, for the tree to drop

(Pour le soleil pourrir, pour que les arbres tombent)

Here is a strange and bitter crop

(Voici une culture étrange et amère.)

La dernière note est pour Miss Holiday.

Puis, c’est le silence total, au Café Society. Les lumières ne se rallument pas. Personne ne bouge, personne ne parle. Le temps est suspendu. L’air est lourd.

Il n’y a plus que la honte et le désarroi.

Vous venez d’être l’auditeur d’une des premières Protest Song.

À vous de décider de la suite de la soirée.

Le lien vers la chanson : Billie Holiday & Her Orchestra – Strange Fruit (Audio)www.youtube.com › watch

Jaskiers

Génération Perdue #35 |Visions

« Je monte sur la banquette de tir et regarde ce morceau de terrain entre nos premières lignes : maintes fois retourné, jonché de bois et de fils de fer barbelés auquels sont restés accrochés des morceaux d’étoffe bleue, rouge ou grise, de corps sur lesquels courent d’énormes rats, se posent des oiseaux qui repartent avec des morceaux de chair humaine. »

Éric Viot, « Les Blessures de l’âme ».

Jaskiers

Doodles Doom Days #27| Etudes de Bridgeman

Jaskiers

Génération Perdue #34 |La peur…

« J’ai eu faim sans avoir à manger, soif sans avoir à boire, sommeil sans pouvoir dormir, froid sans povoir me réchauffer, et des poux sans pouvoir toujours me gratter…voila !
C’est tout…?
Non ce n’est rien , je vais vous dire la grande occupation de la guerre, la seule qui compte : J’AI EU PEUR .
 »

Gabriel Chevallier, La Peur.

Dessin inspiré par celui d’André Dunoyer de Segonzac intitulé « Soldat Endormi ».

Jaskiers

Génération Perdue #33 |Agonie

« Nous entrons en agonie. »

L’attaque est certaine (…). Surtout je ne dois pas penser… Que pourrais-je envisager ? Mourir ? Je ne veux pas l’envisager. Tuer ? C’est l’inconnu, et je n’ai aucune envie de tuer. La gloire ? On n’acquiert pas de gloire ici, il faut être plus en arrière. Avancer de cent, deux cent, trois cent mètres dans les positions allemandes ? J’ai trop vu que cela ne changeait rien aux événements. Je n’ai aucune haine, aucune ambition, aucun mobile. Pourtant je dois attaquer (…).

Je me souviens que j’ai vingt ans, l’âge que chantent les poètes… »

« La Peur » (Avant l’attaque) – G. Chevalier

Reproduction du dessin (de propagande) de Maurice Neumont :

Génération Perdue #32 | La folie…

« Son bras se déplia lentement ; il vint faire craquer la pomme de pin contre l’oreille d’Olivier.

– Tu entends : l’arbre, l’écureuil ! Écoute le bruit…

Olivier s’était arrêté de respirer. Il écoutait. Ça coulait dans lui comme un ruisseau avec tous ses reflets ; ça bouillonnait en forêt dans son cœur. Il avait de la terre sur les lèvres ; le vent traversait sa tête. »

Jean Giono, Le grand troupeau.

Dessin reproduit : « Le Fou » de Henri Camus :

Jaskiers

Génération Perdue #31 |Qui étaient ces malheureux ?

« Ce ne sont pas des soldats : ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine […] Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu’on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. »

Henri Barbusse, Le Feu, Journal d’une escouade.

Dessin inspiré par celui de Jean Droit : Les heures de nuit

Jaskiers

Génération Perdue #30 | Que sommes-nous face à l’immensité de la folie humaine ?

« Sur les vingt-cinq kilomètres de largeur que forment le front de l’armée, il faut compter mille kilomètres de lignes creuses : tranchées, boyaux, sapes. Et l’armée française a dix armée. Il y a donc, du côté français, environ dix mille kilomètres de tranchées et autant du côté allemand… Et le front n’est à peu près que la huitième partie du front de la guerre sur la surface du monde. Ainsi parle Cocon, qui conclut en s’adressant à son voisin :

⁃ Dans tout ça, tu vois ce qu’on est, nous autres… »

Henri Barbusse, Le Feu, journal d’une escouade.

Jaskiers

Doodles Doom Days #26 |Oeil et profil [technique cross hatching/hachures]

Jaskiers

Génération Perdue #28|Qui est l’autre sinon un reflet de nous-même…

« […] pourquoi les hommes s’exterminent-ils dans les pires souffrances physiques et morales sous prétexte que les uns, dans cette tranchée, pensent au père et à la mère, et qu’à cent mètres, ils pensent aux Vater Und Mütter ? »

Étienne Tanty dans son livre « Les violettes des tranchées. Lettres d’un poilu qui n’aimait pas la guerre ».

Dessin inspiré par le dessin de Léon Broquet intitulé « Tenir coûte que coûte… ».

Jaskiers