Le non-retour

Aux vétérans

Histoire inspirée par l’article de Shawn Hubler, parut dans le New-York Times, intitulé « Berkeley stiffens homeless rules as camps test empathy’s limits ».

C’est le bruit qui le ramène dans la chaleur afghane, comme aujourd’hui, ce bourdonnement. Madeleine de Proust auditive, le même bruit grossier de moteur qui ressemble à celui d’un char de combat Abrams, c’est ce bruit qui le cueille juste au réveil.

Au début, il crut que ce son venait de son rêve, rêve qu’il a d’ailleurs oublié immédiatement après son réveil en sursaut, quand il a compris que ce son était réel, et non l’œuvre de Morphée, ni celui de son inconscient hanté.

Ce bruit, au réveil, avec ce bourdonnement, c’était un aller direct, destination les montagnes afghanes, fusil d’assaut en mains, paquetage sur le dos, ce soleil qui tape comme un forcené, qui brouille la vision. Et ce sable. Partout, tout le temps, dans les yeux, dans les interstices des fusils, du matériel, qui collait aux vêtements pleins de sueurs. C’était un démon qui se déchaînait au contact des machines, des chenilles des tanks jusqu’aux hélices des hélicoptères de combat Apache.

Et cette chaleur, encore et toujours. Elle brûlait presque les poumons, chaque effort, chaque pas, elle pesait sur vous, faisait sentir sa présence, imposait sa loi. La sueur brûlait les yeux, les pieds, bien ficelés dans leur Rangers criaient clémence.

La soif. La soif, elle arrive plus vite que la faim. Ceci, il ne l’a pas appris à l’Armée, même pas en intervention, c’est depuis qu’ils vivaient à la rue qu’il avait fait ce cruel apprentissage. Dans les montagnes d’Afghanistan, il portait toujours deux gourdes. Une à sa ceinture, l’autre dans son sac. Par il ne savait par quel miracle, l’eau était toujours fraîche. L’armée avait sûrement dû investir des millions pour trouver le récipient idéal pour que le soldat ait toujours son eau fraîche sur le champ de bataille.

Quand le soldat se retrouve à la rue, dans son propre pays, par contre, les millions, ou plutôt les milliards, ont disparu. Il avait réalisé à son retour que l’armée investissait dans ces soldats actifs, ceux qui ne l’étaient plus devaient se débrouiller. Heureusement, l’armée, l’école de la violence, lui avait appris à survivre en pleine nature. Cela ne lui fut pas vraiment utile jusqu’ici, car c’était en ville que le jeune vétéran pouvait espérer un minimum d’aide et de soutiens. Savoir se battre au corps à corps était utile, mais le simple fait de montrer sa plaque d’identification militaire et ses tatouages suffisaient à avertir les agresseurs, qui bien que sans Kalashnikov, mais parfois avec un calibre, car c’est l’Amérique, qu’ils pouvaient dicter leurs lois dans la rue, mais pas à lui. Il comprit vite que les compatriotes pour lesquels il pensait s’être battu avaient peur de lui. Ils avaient peur de ce dont il pourrait être capable. Il apprit vite à ne plus parler de son service aux civiles, car à la question récurrente « Combien de barbus tu as buté là-bas ? », il serrait les poings, et sa mâchoire refusait de s’ouvrir pour répondre.

Et l’odeur, celle lourde, opiacée et légèrement violente des champs de pavots revenait quand il mendiait au marché de la ville. Mais a rester trop rivé sur ces odeurs, il pouvait commencer à sentir, et même, à goûter à l’odeur métallique du sang. Quand son odorat se rappelait ainsi à ses mauvais souvenirs, il se levait, prenait son béret contenant, dans les bons jours, un ou deux billets, le carton sur lequel lui et sa chienne Mowgly s’installaient pour mendier, et il partait pour la rivière. La balade jusqu’à la rivière était une balade longue, éprouvante, physique, elle lui rappelait ses longues marches en boot camp ou en territoire afghan. Sauf que les moustiques remplaçaient le bruit des balles dépassant la vitesse du son qui le frôlait. En Afghanistan, il n’y avait pas de telle rivière comme celle de son village natal. L’odeur de la guerre s’évanouissait pour être remplacée par celle des roseaux, des plantes bordant la rivière, et parfois, de l’odeur des poissons qu’un pêcheur venait d’attraper.

L’odeur d’essence lui monta au nez. Le bulldozer était en train de démanteler le camp de sans domicile fixe dans lequel il vivait.

Sa chienne devenait nerveuse. Elle n’avait pas fait l’expérience de la guerre, mais elle semblait ressentir l’angoisse de son maître. Il posa sa main sur sa tête en lui promettant que tout irait bien, cela n’empêcha pas de faire trembler le canidé.

La veille, des élus de la ville étaient venus les voir, pour les avertir que le camp allait être démonté. Ils furent tous surpris, mais pas désappointés, les élus, bien qu’étant Démocrates, s’étaient mis d’accord sur le démantèlement du camp de SDF de la ville. Citant le risque sanitaire, il y avait, semblait-il, des rats, et le risque sécuritaire, ce dernier gagnait toujours plus de terrain au niveau politique.

Mais ils n’étaient pas venus les mains vides, les élus avaient prévu un plan de secours pour ces sans domicile, un hôtel bon marché avait été réquisitionné pour eux. Cet hôtel les garderait le temps nécessaire pour que chacun puisse faire les démarches nécessaires pour trouver un toit. Cependant, ils n’avaient pas le droit d’amener leurs animaux, ni aucun effet personnel. Il y avait des horaires à respecter, interdiction d’amener de l’alcool, des cigarettes et encore moins de la drogue.

Plus de la moitié des sans domicile fixe ont refusé. Le jeune vétéran en faisait partie.

Il savait que le bulldozer viendrait, ce matin-là. Personne n’a pensé à résister. Ils s’installeraient autre part, comme ils l’avaient toujours fait. C’est peut-être ça, l’Amérique ; détruire pour reconstruire. C’est pour ça que le jeune homme avait sacrifié les meilleures années de sa vie, de sa jeunesse.

Démocrate, républicain, à chaque élection, le Gerrymandering. Le vétéran réalisait que la démocratie pour laquelle il s’était battu, n’était, dans son pays, qu’une illusion.

Il n’avait pas grand-chose, quelques vêtements, sa chienne, la vie devant lui, et, surtout, la liberté.

Jaskiers

Romain Gary, Ernest Hemingway, Joseph Kessel et une certaine vision de ma vie, future et passée.


Portrait d’archives daté de novembre 1945, de l’écrivain Romain Gary, en uniforme militaire, signant des autographes sur ses photos. AFP PHOTO (Photo AFP)

Au Collectionneur d’Âmes

C’était la nuit, le 18 octobre 2024, deux heures du matin, je ne veux pas dormir. C’est comme s’il n’y avait pas assez d’heures dans la journée pour faire tout ce dont je veux faire. Ces choses à faire, ce n’est pas grand-chose, c’est limite insultant aux yeux d’un monsieur/madame Tout-le-monde. Je suis le sujet de la chanson de Brassens ; La mauvaise réputation. C’est moi, cette chanson. Avec un peu de Balavoine ; S.O.S d’un terrien en détresse (Sortez les violons !).

Je vis, je survis, comme beaucoup d’autres. J’ai de la chance, quand même, il faut l’admettre. Il y a pire. Malheureusement.

Donc nous sommes cette nuit d’automne, étrangement (avec le réchauffement climatique, donc est-ce vraiment étrange ?…) chaude. J’ai eu ma liseuse Kindle, il y a une poignée de jours de ça. Je m’abonne à Kindle, et je vois, dans mes suggestions de lectures ; Romain Gary.

Ce n’est pas la première fois que je rencontre ce nom. Je mets plusieurs de ses livres dans ma pile à lire virtuelle, il m’intrigue. Je sais qu’il est le seul auteur à avoir gagné deux fois le prix Goncourt, un avec son nom d’usage français, l’autre avec son pseudonyme, Émile Ajar. J’avais lu un article sur cet événement, l’écrivain qui a gagné deux fois le prestigieux prix de littérature française, il y avait de ça peut-être deux ans. Mais, étrangement, je n’ai pas décidé de chercher, de découvrir plus en détail qui était cet auteur.

Mais cette nuit-là, je décide subitement d’en savoir plus sur le monsieur, après tout, un algorithme me l’a conseillé… La modernité réserve de bonnes surprises.

Comme beaucoup de ma génération, je me jette sur son Wikipedia.

Et là, c’est la révélation. Sans jamais lire un seul de ses livres*, je sais que cet écrivain va me plaire, je le sens, mon instinct me le dit. Heureusement, je n’ai pas à débourser trop d’argent pour lire certaines de ses œuvres (cependant, si l’un ou l’une d’entre vous possède « Les couleurs du jour », et que vous êtes prêt à m’en faire un bon prix, je suis preneur…). Mais j’écris ces lignes sans avoir lu une seule de lui.* Seulement quelques extraits, glanés sur les quatrièmes de couvertures que j’ai pu consulter. J’aime la prose que j’ai pu lire ici et là. J’aime ce qu’il semble avoir à raconter, j’admire déjà sa vie.

Physiquement, il ressemble plus à un Faulkner, mais je ressens une énergie à la Hemingway, à la Joseph Kessel. De la catégorie des aventuriers, baroudeurs, qui ont décidé d’écrire. Mes héros littéraires, ceux auxquels je veux ressembler avec ma plume. Mais j’y reviendrai plus tard.

D’abord, j’apprends que le monsieur, découvrant que sa femme, Jean Seberg, le trompe avec Clint Eastwood, décide de prendre le premier avion pour Los Angeles pour provoquer en duel le cow-boy le plus connu du monde. Le célèbre acteur refuse… Je n’en sais pas plus sur cette histoire. Peut-être, comme avec Hemingway, fait elle partie de la légende ? Mais Doux Seigneur, quel homme ! Attention, je ne dis pas que j’admire les hommes qui provoquent en duel d’autres hommes, ce n’est pas ce que je dis. C’est cette attitude sanguine, impulsive, aventuresque et dangereuse que j’adore.

L’écrivain Gary est aussi l’un des premiers à s’être rallié à De Gaulle. Il a combattu dans les Forces de l’Air Française Libre (FAFL). Il s’est battu, pour la France, lui qui disait « Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines. »  Il a été un soldat.

Et puis, toujours sur Wikipedia, je lis le paragraphe « Romain Gary et la mort ». Je pensais que cela allait être une analyse exhaustive de l’obsession de l’auteur avec la Mort (comme Stephen King), mais non.

J’apprends que l’auteur s’est suicidé d’un coup de revolver dans la bouche… à 66 ans. Comme Hemingway, qui s’est suicidé d’un coup de fusil de chasse à 61 ans.

Le choc. La similarité entre les deux auteurs, relative, mais surtout subjective, finit par me convaincre. Il va falloir que je lise l’homme.

J’ai voulu tout apprendre, tout lire d’Hemingway, et je l’ai fait, du moins, presque. J’étais dans une période très sombre de ma vie, et l’auteur de « Pour qui sonne le glas » m’a sauvé, en partie, grâce à ses œuvres. J’ai découvert, avec lui, ce que pouvait être l’écriture. Une aventure. Avec Gary, je ne pourrais sûrement pas tout lire de lui, mais je sens à quel point il peut être important pour moi.

J’en reviens à ma vie. J’ai 30 ans. Je n’ai pas fait grand-chose de mon temps sur cette terre. Mais que veut dire « grand-chose » ? Je n’en sais rien. Peut-être que je devrai être marié, avec au moins, un enfant, et être cadre, manager, auto-entrepreneur, avec une voiture électrique et une maison à crédit.

Laissez-moi vous dire, que je ne vois pas du tout ma vie comme ça. Cependant, je me sens vieux. J’ai atteint les trente ans. Je n’arrive pas à le réaliser. C’est comme si… je n’avais pas prévu d’atteindre ce cap.

Et puis, je me souviens d’Hemingway, qui, à Paris, à 27 ans, sans le sous, (la légende raconte qu’il attrapait des pigeons pour les manger avec sa première femme et leur fils) voit ses amis, notamment F. Scott Fitzgerald, rencontrer le succès.

Après un énième périple en Espagne, il décide d’écrire « Le soleil se lève aussi ». Son ambition, son objectif ; le succès. Gagner sa vie avec sa plume. Et il réussit. Cela marque le tournant de la vie d’écrivain d’Hemingway, qui était jusqu’ici journaliste. C’est d’ailleurs grâce à ce métier qu’il développa son style sobre, qu’il gardera tout au long de sa carrière.

Qu’en est-il de ma petite personne ? Qu’est-ce que je désire ?

Dois-je écouter, encore, ces professionnels de santé, qui me disent… depuis des années maintenant, de penser à moi ? D’accord, mais si je pensais vraiment à moi, je voudrais devenir Hemingway, Joseph Kessel et Romain Gary.

Je laisserai tout en plan, enfin, je crois, pour partir à l’aventure. En mer, voyager, vivre des expériences, voir et raconter, affronter aussi la vie, au lieu de la subir.

Je suis trentenaire maintenant… ma vingtaine a été un sacré bordel, la trentaine commence de la même manière, mais plus je vais continuer à rester cantonné à ma zone de confort, plus je vais commencer à me détester, à regretter. Et j’ai déjà des regrets. Et je ne veux pas « vivre » l’aventure de la vie sans but. Je pense que j’ai compris, ce que je désire profondément, c’est écrire. Ce que je déteste ce sont les regrets et le temps qui passe…

Et puis, vieillir me fait peur. Être jeune est aussi effrayant qu’étrange, selon mon point de vue. J’ai l’impression que 30 ans, c’est un passage important, où l’on peut encore décider de sa vie.

Et toutes ces réflexions me sont venues en lisant ce passage, dont j’ai parlé précédemment, intitulé « Romain Gary et la mort » de la page Wikipedia de l’auteur :

En 1978, lors d’un entretien avec la journaliste Caroline Monney, lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m’arrivera pas. Jamais. J’imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j’ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J’ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais ».
Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 avec son Browning GP, se tirant une balle dans la bouche.

Attention, je ne dis pas que je veux me suicider. Je dis juste que le monsieur a décidé de son heure. Le monsieur, homme de lettres, entre autres, a fait son choix (même si je me demande si, vraiment, dans la vie, nous avons vraiment le choix, si tout n’est pas déjà écrit à l’avance… mais ne nous écartons pas trop du sujet), il a vécu, vu, ressenti, aimé et écrit. Ce que je voudrais faire pareil ! Et si cela signifie que je dois aussi faire un pacte avec le Seigneur, si l’on me donnait le choix entre : Une vie calme et longue, ou une à la Gary, Kessel, ou Hemingway, aventureuse, où je gagnerai ma vie grâce à mes écrits ( Doux Seigneur, j’ai osé écrire ça ! J’avoue enfin…? ) mais où je ne dépasserai pas les 40 ans, je choisirai cette dernière. Car vivre avec des regrets, c’est, je crois, pire que la mort.

Le titre de cet article contient aussi le nom Joseph Kessel, et je remarque que je n’ai que très peu parlé, de lui. Certes, je l’ai déjà lu, j’ai adoré, mais il faut, là aussi, que je m’y intéresse bien plus. Ce n’est pas l’intérêt qui me manque, c’est le temps… et il passe vite quand on est occupé à aimer.

Je vous laisse avec ces quelques mots de Romain Gary ;

Le roman et la vie se confondent, ma vie est une Narration tantôt vécue tantôt imaginée et si un journal américain [Le New-York Time] m’a donné le nom de « collectionneur d’âmes », c’est que je ne cesse de faire mon plein de je innombrables, par tous les pores de ma peau… » Romain Gary, La nuit sera calme, 1974

* Nous sommes au Réveillon de Noël, j’ai depuis lu « Les trésors de la mer Rouge » que j’ai absolument adoré, et j’ai aussi lu le recueil de nouvelles « L’orage », que j’ai apprécié. Monsieur Gary, merci. Monsieur Kessel, j’arrive.

Jaskiers

Écrire est un Art (n’en déplaise à certains)

Il y a de ça peut-être plus de deux ans, je découvrais un article sur cette application qui posait cette question : Est-ce qu’écrire est un art ?

Je fus surpris par cette question. Pour moi, il ne faisait pas, et ne fait toujours pas, de doute, oui, écrire est un art. La question ne se posait même pas.

Avez-vous lu « Anna Karenine » de Dostoievski ? « Pour qui sonne le glas ? » d’Ernest Hemingway ? Avez-vous ouvert un livre de Victor Hugo ? Lu ne serait-ce que quelques vers de Rimbaud ?

Oui, j’écris. Je joue d’un instrument (je laisse à désirer sur ce point, mais passons). Je dessine. Et je trouve qu’écrire est tout aussi artistique que toutes ces autres activités. Pas plus, ni moins.

Est-ce qu’écrire est un art ?

Mille fois oui. Ceux qui prétendent le contraire devraient peut-être, juste, essayer d’écrire.

Deux ans déjà, je m’étais lancée dans un défi, écrire un minimum de 500 mots par jour, pendant un an.

J’ai réussi. La qualité des textes était … irrégulière. Mais j’ai tellement appris.

Rythmes, composition, discipline, découverte, apprentissage, comprendre, retranscrire, partager sa vision tout en laissant un peu de place au lecteur pour s’approprier l’histoire, décrire, faire ressentir, trouver les mots… et j’en passe.

J’ai fait face à des critiques, la plupart, constructives. Outre les commentaires sur mes fautes de français, auxquels je suis habitué, il y avait souvent, pas sur le blog, sur un autre site où je partageais mes textes, plusieurs lecteurs qui soulignaient certaines phrases, ou passages de mes textes, avec cette remarque : « Pourquoi ? »

J’ai appris que si je voulais écrire sur quelque chose, n’importe quel sujet, je devais savoir de quoi je parlais. J’ai réalisé qu’écrire, c’est apprendre, étudier, sortir de sa zone de confort pour être crédible.

Mais ce n’est que mon expérience.

Écrire est un art.

Écrire, c’est décrire des sentiments que l’on ne formule pas forcément avec des mots dans notre vie de tous les jours. Lisez « À la recherche du temps perdu » de Proust, qui est, de mon point de vue, l’une des plus fines analyse de nos comportements, de nos manières de penser. Je me souviens qu’en lisant ses romans, à presque chaque phrase, je pensais en moi-même : « Mais c’est exactement ça ! Je n’aurais pas pu décrire tous ces sentiments, je ne pensais même pas qu’il était possible d’analyser en de telles profondeurs, ces ressentis… » Mais Proust le fait, avec l’acuité d’un psychologue, un autodiagnostic précis, chaque sentiment sont décortiqués, expliqués.

Écrire, c’est voyagé, aussi. Je n’ai eu la chance, pour l’instant, de ne visiter qu’un seul pays étranger (bon, les passages en Belgique pour le tabac, et un petit aller-retour en Suisse, je ne les compte pas comme des voyages, même s’ils ont apporté ce sentiment de découverte, ceux que devaient ressentir les grands explorateurs quand ils pénétraient en territoire inconnus) ; l’Angleterre, deux fois une semaine.

Je rêve encore, les nuits, du court voyage en ferry. Être entouré par la mer (peu de temps, mais quand même !), voir les falaises blanches de Douvres, l’atmosphère marine et touristique de Brighton, et cette banlieues de classe moyenne aisée qui nous logeaient. L’humour pince-sans-rire de nos familles d’accueil. Le pudding, le foot. La relève de la garde de la reine, le musée Tussaud, Londres… l’impression d’être dans un film (ou un livre) d’Harry Potter. L’ambiance. L’architecture. Entendre parler une autre langue, parler une autre langue. Quelle expérience ! Que j’aimerais voyager, pour écrire, mais aussi, pour vivre. Je crois que le voyage est une des clés du bonheur.

Mais je n’écris aucune histoire se déroulant en Angleterre. La plupart se passent en France, et inconsciemment, j’écris mes histoires se déroulant dans des pays de l’Ouest. Disons plutôt que ce que j’écris se déroule dans un continent fictif, l’Ouest, un mélange d’Amérique du Nord et d’Europe. Mais je n’ai voyagé qu’en France. Je dois donc lire, apprendre, assimiler, comprendre, comment les autres cultures fonctionnent. Comment ils pensent. Les odeurs, les goûts, la faune, la flore, je dois les rechercher. Je ne peux voyager pour l’instant, je lis, et je reporte cela dans mes écrits…

Mais l’écriture c’est aussi l’émotion. Trouver les mots justes pour toucher l’âme du lecteur.

Écrire, c’est la découverte.

J’ai eu la chance d’avoir vu la mer, souvent. J’ai toujours cette impression de vertige grandiose quand je la revois, à l’horizon, quand cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu.

Je suis allé à la montagne deux fois, dont une pour skier. J’ai adoré le ski, plus simple que ce qu’on m’avait dit. Mais ce dont je me souviens, c’est de regarder ces colosses de roches qui semblaient porter le ciel. Comme la mer à perte de vue, j’ai regardé les montagnes du Jura enneigées, et j’ai compris pourquoi l’Homme risquait sa vie à les escalader. C’est parce qu’ils paraissent l’égal des Dieux, ils sont les piliers d’un élusif royaume des cieux. Ils sont puissant et sage. Comme les forêts de l’Allier de mon adolescence. Pleins de mystère.

Allons maintenant dans la facilité -pourquoi faire compliqué ?- et nous tourner vers une des légendes entourant le mythe Hemingway. Les légendes à son propos, on pourrait en écrire un livre (d’ailleurs, est-ce déjà le cas ?).

Hemingway, durant un repas avec l’écrivain de science-fiction Arthur C. Clark, propose un pari : 10 dollars à ceux qui pensaient qu’il ne pouvait pas écrire un roman en moins de dix mots. Les paris sont faits, Hemingway écrit ces mots :

For sale: baby shoes, never worn.

Traduction :

À vendre : chaussures bébés, jamais portées.

Hemingway empocha les gains de son pari.

Bien que cette anecdote reste dans le domaine de la légende de Papa Hemingway, qu’elle soit vraie ou pas, je parierais, à mon tour, que même si vous ne considérez pas l’écriture comme un art, cette micro nouvelle a fait mouche. Ces quelques mots ont tapé là où ça fait mal (d’ailleurs, Hemingway était un boxeur émérite, l’écriture est un combat, aussi. La boxe n’est-elle pas surnommée « Le Noble Art » ?)

Les mots ont une puissance, une force, et savoir les utiliser, les maîtriser, construire une phrase, former un paragraphe, écrire une histoire, c’est faire ressentir des sentiments mais aussi faire réfléchir son lecteur, tout en l’emmenant en voyage à vos côtés.

Bien sûr que si, avec des mots, on peut refaire le monde. On peut décider de son futur. L’utilisation des mots dans ce domaine s’appelle : La politique. Qui sait mieux utiliser les mots peut obtenir le pouvoir. Pour le meilleur, pour le pire. Nous choisissons un leader grâce au mot qu’il (ou elle) utilise. Bien sûr que si, les mots ont du pouvoir.

Nous dirons que cet article est mon « En défense du titre » d’Hemingway à moi.

Je me considère comme un artiste, j’en suis fier, car j’écris.

Écrire, pour moi, ce n’est pas être un intellectuel… que c’est pompeux et fourre-tout comme mot…

Pour moi, un écrivain est un artiste.

D’accord ou pas, je respecte, c’est votre choix, mais mes convictions sont on ne peut plus réelles et sincères.

Les mots, nous les rencontrons partout.

Si vous écrivez, si vous noircissez ces pages blanches, tapé sur vos claviers, vous êtes un artiste.

Mais ce n’est que mon humble opinion.

Jaskiers

Mea Culpa à l’écriture

L’envie, la passion, la curiosité insatiable d’apprendre, de créer, me sont revenus… après plus d’un an de sécheresse et de remise en question.

Peut-être avais-je besoin de me perdre pour mieux me retrouver, ou plutôt, pour retrouver le goût d’écrire et de lire.

Beaucoup de choses se sont passées, choses que je ne peux étaler sur mon blog, pour l’instant. Enfin, il se pourrait, mais sous forme de fiction. Autant utilisez les traumas pour mon Art, car, pour moi, l’écriture est un Art, n’en déplaise à certains. Je ne comprends pas comment l’on peut se demander si écrire est un art. Évidemment. Ceux qui se le demandent n’ont jamais essayé d’étaler leurs tripes sur une page blanche.

Je n’ai pas honte de le dire, je me vois comme un artiste avant tout. Cela peut sembler présomptueux, mais s’il y a une bataille que je mènerai jusqu’au bout, se serait de qualifier l’écriture, sous toutes ses formes, d’Art avant tout. Je rigole intérieurement quand j’entends le mot « intellectuel » pour qualifier les écrivains. Arrêtez un peu. Chaque Art demande des connaissances. Intellectuel, ça ne veut rien dire. Je trouve que c’est pompeux, même. (Mon Dieu, je suis vieux, je commence à être aigri !)

Une chose que je peux vous dire, j’en ai mal au cœur, mais il y a pire dans la vie ; tous mes livres ont « disparu », je ne peux en dire plus. Mon immense pile à lire n’est plus, contre mon gré. J’en ai mal au cœur. Des centaines et centaines de livres, Hemingway, Carl Jung, Stefan Zweig, F. Scott Fitzgerald, Nietzsche, Jack Kerouac, l’intégral des œuvres de Philip K. Dick, et j’en passe, énormément, ne sont plus là.
Je n’ai pas eu le temps de tous les lire, peut-être n’en aurais-je jamais eu le temps… mais quand même. La littérature a été mon pilier pendant des années, sans elle, je ne sais pas si je serais encore là, à écrire. Je n’aurais pas rencontré les merveilleuses personnes avec qui j’échange aujourd’hui. Je n’aurais pas eu ce blog qui m’a soutenu (enfin, je parle de vous là, cher(e)s lectrices et lecteurs) durant ces longs mois difficiles.

J’espère que les personnes qui profiteront de mes livres sauront en prendre soin… mon cœur pleure, en silence (ça pleure dans les chaumières ?), ils me manquent. Le simple fait de regarder cet immense tas de livres, à l’époque, suffisait à calmer mon anxiété, à éloigner ma dépression. « Il y aura des réponses à tes questions là-dedans, Jaskiers, et au pire, je pourrai m’évader dans des mondes, des histoires, des pensées, des pays, des points de vue aussi divers et variés que possible. » Maintenant, mes chers amis ne sont plus là. Jamais je ne pourrai remplir le vide qu’ils ont laissé, même si j’en avais les moyens. Je suis assez possessif, et je l’avoue, matérialiste.

Cette « collection »  de livres auraient été mon héritage.

Les objets, et les livres par-dessus tous, ont de la valeur sentimentale, pour moi. Je relativise, il n’y a pas mort d’homme, il y a beaucoup plus grave dans la vie. Mais quand même… ainsi va la vie.

Je ne saurais dire si le pire est passé pour moi. Je ne préfère pas parler de ma santé, il y a beaucoup, beaucoup plus grave que moi. Je m’estime heureux d’avoir une famille, que j’aime et qui me soutient, c’est rare, je suis chanceux.

Et j’ai ce blog, et évidemment, vous.

Je ne promets rien (ai-je jamais promis quelque chose sur ce blog ?), je ne sais comment le futur va se dévoiler, personne ne le sait d’ailleurs (ou peut-être que si, qui sait ?) mais voici un peu d’Hemingway avant de vous laisser :

Tout passe et tout lasse, les nations, les individus qui les composent, autant en emporte le vent. Il ne reste que la beauté, transmise par les artistes.

Une fois qu’écrire est devenu votre vice majeur et votre plus grand plaisir, seule la mort peut l’arrêter.


Ernest Hemingway

Faudra-t-il que j’atteigne le niveau d’écriture « infinitésimal » d’Hemingway pour me sentir satisfait, fier et enfin complet, que ce vide sidéral en moi soit enfin comblé ? Peut-être que c’est ce vide qui me fait avancer, paradoxalement.

J’écoutais une chanson d’Hozier : Arsonist’s Lullabye.

Dans cette chanson, il (le pyromane ou Hozier ? C’est ça aussi, la magie de l’Art, ne pas savoir…) chante :

Tout ce que vous avez c’est votre feu
Et l’endroit que vous avez à atteindre
N’apprivoisez jamais vos démons
Mais gardez-les toujours en laisse

Et pourquoi pas, même, les utiliser, nous nourrir d’eux, pour créer, pour évoluer, pour avancer… c’est risqué mais, comme le dit le proverbe anglais : Quand la vie vous donne des citrons, faites de la limonade.

Et pour une touche personnelle, je garde en tête cette phase d’Albert Londres, il faut « porter la plume dans la plaie ».

À très bientôt.

« Il jeta un coup d’œil amical à ses livres. C’étaient les seuls camarades qui lui restaient. »

Extrait de 
Martin Eden
Jack London

Jaskiers

Je revois mon village dans mes rêves

Moi, un gamin de la ville, un gamin de banlieue, qui, presque toutes les nuits, rêves de son village perdu au milieu de l’Allier.

À l’entre de l’adolescence, après un drame, un deuil, qui n’a jamais été fait et, j’en parle sur ce blog depuis 4 ans maintenant, qui ne se fera sûrement jamais vraiment, car je n’arrive toujours pas à comprendre ce que c’est, je quittais mon appartement étroit, en pleine banlieue pour une grande et vieille maison bourbonnaise. J’y allais, avant d’y emménager, en vacances pendant mon enfance.

C’était toujours difficile, enfant, de quitter la bande d’ami(e)s de cité pour un village perdu. La maison me faisait même presque peur parfois. Comme si, c’était trop spacieux. J’étais habitué au confinement qu’apportent les murs d’un HLM. Mais… Pour une raison étrange, la maison était liée à des sentiments concernant les deux guerres mondiales. Une explication ; cette maison de famille était aussi la maison d’un résistant, et d’un vétéran de la Première Guerre Mondiale, ainsi qu’un autre, ayant fait, avec beaucoup de réluctance, la guerre d’Algerie dans une division du Génie. Je ne les ai jamais connus, mais c’était comme ci leurs esprits se manifestaient subtilement pour me rappeler le sacrifice et la folie dont l’être humain est capable.

C’est une vieille maison, avec des volets massifs en bois couleur bordeaux, de vieilles tuiles qui tombent quand le vent est fort, et de la peinture blanche sur les murs qui, érodée par le temps, laisse voir les briques roses-orange, couleurs typiques des roches de cette région, avec le noir, comme la cathédrale de Clermont-Ferrand. Le noir viendrait de la roche volcanique, le Puys de Dôme est un volcan endormi, après tout.

Un grand jardin, avec deux vieilles cabanes, une servait de poulailler et d’enclos à lapins, il y a encore les grilles, toutes érodées, et avec un peu d’imagination, vous pourriez sentir l’odeur de crottes animales. La deuxième cabane, je ne sais à quoi elle servait, toujours est-il qu’un jour, en compagnie d’un ami, nous avons forcé le loquet de la porte et décidé de vider le cabanon de son contenu.

La cabane, qui aujourd’hui, bien que totalement construite en grossières planches de bois, et qui, depuis plusieurs décennies, penche dangereusement sans jamais s’écrouler, contenait un tas de paperasse provenant de l’atelier de menuiserie familiale qui a, comme beaucoup d’autres entreprises de la région, fait faillite. Je me rappelle de ma grand-mère parlant des maisons qui se construisaient juste derrière leur jardin, construites sans l’aide de menuiser, pendant que mon grand-père sombrait dans une dépression après s’être coupé deux doigts avec une machine et voyant son métier disparaître sous ses yeux… Je ne sais si je dois m’étaler trop sur la menuiserie. C’est comme si les murs venaient jusqu’à mon petit appartement normand pour me dire de garder nos secrets et rêves fous que nous avons eus. Si le bois pouvait parler… mais en Auvergne, on ne parle pas de son cœur, de ses sentiments, excepté quand on a vidé quelques verres de vin blanc dans l’un des deux bars du village. Un bar a fermé, un subsiste encore, avec un bureau de tabac. C’est derniers ne seront jamais en voie d’extinction, ils ont toujours de la clientèle. Il en va autrement des autres petites épiceries qui ont fermé après l’ouverture de deux magasins de grande distribution. Cette menuiserie a été créée, ou reprise, je ne suis pas sûr, par mon arrière-grand-père (le survivant de la Grande Guerre), qui n’est maintenant que débarras, même si quelques machines fonctionnent toujours (plusieurs décennies sans fonctionner, mais elles en ont encore dans le ventre…) La scie à ruban fonctionne encore, enfin je crois. Je me souviens de mon défunt père me construisant une épée en bois en utilisant cette énorme machine bruyante. Je peine à parler ici de cet atelier, car j’y ai tellement de vécu, mais aussi, car nous avons subi plusieurs vols…

Revenons à la cabane, c’est à l’intérieur que j’ai retrouvé les lettres que mon arrière-grand-père envoyait à sa femme, Germaine, durant la Première Guerre Mondiale.

Je m’en veux encore de les avoir perdus. Je me souviens des premières lettres. Pour faire court, petit Jean, ainsi était-il surnommé dans le village, un jeune homme respecté, menuisier de profession, avec son propre atelier et des ouvriers, avait été envoyé se faire brûler les poumons, avec des agriculteurs, des professeurs, des ouvriers, et se battre contre d’autres agriculteurs, professeurs et ouvriers, allemands, car un archiduc a des milliers de kilomètres avait été assassiné. Ces lettres, aussi loin que je puisse m’en souvenir, parlaient de la réquisition de chevaux, les nombreux déplacements et la fatigue entraînée par la violente percée allemande. Et les lettres, superbement écrite, à tel point que je peinais à les décoder, car l’écriture manuelle de cette époque était d’une beauté telle, que chaque lettre était une œuvre d’art. Je me rappelle encore les petits mots d’amour, à la fin de la lettre. Toujours pudique, car auvergnat, mais où l’on pouvait sentir, juste avec un mot, la tendresse qu’avait mon arrière-grand-père envers mon arrière-grand-mère… Je me demande s’il avait parlé d’elle à ses compagnons d’infortune. Surtout qu’elle s’appelait Germaine… les blagues ont dû aller bon train dans les tranchées.

Cette cabane, une fois vidée, est devenue mon repaire pour deux ans. J’y allais pour lire les vieilles BD que mes oncles avaient laissées derrière eux, Les Pieds Nickelé surtout.

Dans la maison, il y avait ce bureau, toujours froid, quand j’y allais en vacances, car personne ne l’utilisait. Plus tard, quand j’y aménageais, il deviendrait mon bureau, mon « bordel organisé », mon « bunker ». Dans cette pièce se trouvait un énorme meuble en bois massif qui contenait des classeurs et livres de guerre de mon grand-père, vétéran de la guerre d’Algerie. Guerre dont il parlait uniquement à ma mère, avec les larmes aux yeux. Mais cela ne durait jamais longtemps, car grand-mère, solide comme un roc, veillait au grain, veillait à ce que l’auvergnat, très penché sur la bouteille, ne s’ouvre pas trop.

Mais c’est à l’étage que j’ai découvert un livre sur Oradour-sur-Glane… j’ai découvert ce livre avant de savoir lire, j’ai donc regardé les photographies de corps calcinés. Je ne comprenais pas, et ne comprends toujours pas après tout ce temps, comment l’on peut arriver à un tel niveau de barbarie.

Plus tard, mon père disait, à qui voulait l’entendre ; « Au lieu de me demander d’aller à Disneyland, mon fils de 9 ans m’a demandé de visiter Oradour-sur-Glane. » Et il m’y a emmené, avec mon défunt grand frère. Je me souviens encore le musée, avant de rentrer dans le village en ruine, une antichambre avant le choc, avec ces citations de paix, et d’espoir projetées sur le sol… et puis le village martyr, son silence pesant, aucun oiseau ne chantait. Le souvenir d’une machine à coudre, posée sur une table au milieu d’une maison en ruine.

C’est ça, cette maison d’enfance, l’influence qu’elle a eue sur moi. C’est dans cette maison qu’a aussi explosé mon intérêt pour l’Art.

C’est dans cette maison, et ce village, que j’erre dans mes songes. J’y revois ma grand-mère, mon père, parfois mon frère. Mes voisins, qui ont depuis longtemps déménagé, mais ils restent propriétaires de leur maison dans mon monde onirique.

Parfois, je me balade pour aller au bar du bourg, fermé depuis des années maintenant. Je m’apprête à revoir mes ami(e)s d’adolescence, je prépare mon corps à une beuverie, j’angoisse de la gueule de bois du lendemain. Et souvent, dans ces rêves, je décide de m’envoler, comme un oiseau. J’ai peur de toucher les câbles électriques qui pendouillent partout, le long des rues, je me contorsionne pour les éviter. Et je vais haut, loin, je veux voir de haut ce village. Je rêve souvent d’un chemin menant à une ferme et un bois, qui n’existe pas dans la réalité. Je sais que je n’ai pas le droit d’être là, mais je m’y aventure quand même. Je peux m’envoler si un agriculteur sort son fusil, ce qui n’arrive jamais, mais la peur trotte dans ma tête. Je fais aussi ce rêve étrange où je creuse un énorme trou dans un petit carré de gazon pour en faire une piscine avec plusieurs amis.

Durant mes séances de vol, je plane au-dessus des arbres et de la flore luxuriante bordant l’Allier, je ne sais où je vais. Je vois des tracteurs, des oiseaux, des champs, des haies, des vaches, des décors champêtres dignes de romans, de poèmes, de chansons.

Et puis, je rêve beaucoup de toi papa. Tu n’es pas mort, dans mes songes. Tu avais juste besoin de prendre du repos, à cause de ton cancer. On m’avait fait croire à ta mort pour que tu puisses te reposer. Et quand je te revois, c’est comme ci mes soucis disparaissaient. « Enfin, me dis-je, tout cela était un mauvais cauchemar ».

Et puis je me réveille. Tout cela était un rêve. J’en ai l’habitude, mes voyages nocturnes font partie de moi. J’ai parfois l’impression d’avoir une deuxième vie, dans mes rêves, et souvent, je me surprends à vouloir dormir, non pour me reposer, mais pour aller dans mon monde.

Jaskiers

Je reviens bientôt (4 ans déjà !)

Cela fait quelque temps que je n’ai pas posté d’article sur le blog. Mais ça ne veut pas dire que je n’écris pas. En fait, j’ai même repris l’écriture.

Cela fait déjà un an, un peu plus même, que je n’écrivais que très peu, et que je lisais presque plus…

Je pense que cette pause, presque inconsciente, a été salvatrice. Il me fallait m’écarter un peu du monde de la littérature, voir et découvrir d’autres choses. J’ai même douté, douté de l’écriture et la lecture. Sans les abandonner complètement, car au fond de moi, je pense que la littérature a installé et ancré ses fondations.

Une grosse baisse de régime, peut-être que c’était ça. Un besoin de m’éloigner pour rallumer la flamme de la passion. C’est en s’éloignant, mettre de la distance envers quelque chose, quelqu’un, que l’on réalise, après un temps, que nous l’aimons. Nous retrouvons les raisons de cette passion, et nous la chérissons, encore plus que la première fois, avec plus de sagesse.

Cette année a été corsée pour moi, elle n’est pas terminée et semble ne pas vouloir me lâcher. Depuis le 1er Janvier 2024, j’ai subi un choc, je ne peux aller dans les détails. J’ai souffert, et je souffre encore maintenant. Vous avez aussi pu suivre mes péripéties, en partie, ici, avec ma double fracture de la main droite, entre autres. Elle a mis du temps à guérir, mais c’est fait. J’ai parfois mal quand le temps change, mais ça me rappelle que j’ai vécu ça, et que tant bien que mal, j’ai continué à aller de l’avant.

Je relativise aussi. Je ne reçois pas de bombes sur la tête, et ma famille est là. Je ne m’informe que très peu sur l’actualité, car cette dernière est anxiogène à souhait. Des horreurs, des drames, des innocents qui meurent sous les missiles tous les jours… je crois qu’il faut être un peu nihiliste pour continuer à vivre malgré tout cela. Il faut bien se protéger, comme le disait Nietzsche : Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abime, l’abime te regarde aussi.

Tant de haine, de violences… je me demande à quoi on servit ces millions de morts de la Première et de la Seconde Guerre Mondiale, le sacrifice des soldats Alliés, des résistants, des gens de tous les jours agissant courageusement, héroïquement, pour que les générations futures ne vivent pas dans la haine, la peur de l’autre, la méfiance, la violence. J’aimerais m’excuser envers eux, je ne semble n’avoir que des mots, qu’un blog, pour exprimer mon désarroi. Ce n’est rien, que des mots, comparé à leurs actes concrets, qui a coûté la vie à nombre d’entre eux. Je voudrais leur dire que, malheureusement, la haine est tenace, et les massacres et crimes contre l’humanité continuent. Leurs sacrifices, cependant, ne doivent pas être vain. En tant qu’artiste, je ne peux que créer, protester. J’ai mes limitations. Je n’ai pas mon corps à offrir, et mon esprit est trop fatigué pour lutter énergiquement.

Concrètement, je n’ai que ce clavier, mes mots, les œuvres des autres, pour m’évader, pour essayer de comprendre ce monde…

Cela dit, j’écris beaucoup ces derniers temps. Je laisse mes textes se reposer, pendant que j’en écris d’autres, puis je les retravaillerai pour les poster ici. J’ai même en projet de faire du blog quelque chose de plus sérieux. Cela fait 4 ans (déjà) que j’ai ce blog, et c’est l’une des choses les plus positives de ma vie. Simplement car je peux m’y exprimer, créer, être moi, partager et rencontrer des personnes que je ne peux rencontrer dans la vie de tous les jours.

Beaucoup des prochains articles sont personnels, leurs lectures pourront être un peu… alarmantes ? Inquiétantes ? Ne vous alarmez pas, écrire est bien l’une des choses qui m’empêchent de sombrer.

J’écris aussi de la fiction. Et comme souvent, mes histoires tendent à pencher du côté science-fiction (mais pas que…). Beaucoup de ces histoires ont été inspirée par des livres, des films, la musique, jusqu’aux jeux vidéos. J’ai besoin de la fiction, de quelque chose de différent de cette réalité, pour continuer à avancer. Et je peux vous garantir que cela est le cas pour vous aussi. Vous avez besoin de déconnecter, de découvrir d’autres mondes, univers, pour accepter la réalité. J’espère que mes textes de fictions vous permettront de vous évader un peu. Même, si je ne vous le cache pas, et vous en avez l’habitude, mes textes peuvent être parfois… difficiles à encaisser, car violents, brut de décoffrage. Rien n’est simple, n’est-ce pas ? Même dans l’art, dans la création. Mais tant mieux, car nous avons un certain contrôle sur ce que nous créons, contrairement à notre vie quotidienne. L’Art, c’est aussi le contrôle, n’est-ce pas ?

L’envie d’écrire est revenue. C’était assez magique de ressentir ce retour. Une balade dans une rue, ou sur un chemin, redevient une potentielle histoire. L’odorat, la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, tout redevient important, tout semble avoir repris un certain sens, que je peux transcrire via l’écriture. Une infinité de dimensions, juste sous mon stylo, sous mon clavier. Et je suis ici pour le partager.

Merci à vous d’avoir lu, d’être là.

À très bientôt

P.S. : Mes lectures cette année, jusqu’ici, Le joueur d’echec de Stefan Sweig, Le journal d’Anne Frank, The doors of Perception d’Aldous Huxley, Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, La Métamorphose de Franz Kafka, Paroles de Poilus de Jean-Pierre Guéno, La ferme des animaux de Georges Orwell, La sagesse selon Confucius, Laurie de Stephen King. Actuellement, je suis en pleine lecture de Martin Eden de Jack London. Et j’aime m’identifier à ce Martin, même si je suis un peu trop vieux maintenant…

Jaskiers

[Article de 2020] Un hasard heureux ?

Cette article date de 2020… J’ai appris la nouvelle le matin même de sa mort et j’ai eu un peu mal au coeur. Voici un des deux articles que j’avais posté en 2020. Une page ce tourne, encore une après Belmondo. Mais la beauté, elle, reste. Au fait revoir Monsieur Delon

Hier, j’ai posté un article rempli de photographies et de gif d’un jeune Alain Delon. Ce soir en faisant les courses et en passant devant le rayon magazine, je tombe sur un France Dimanche hors-série sur LE MONSIEUR !

Un heureux hasard ? Oui ou non, j’ai 225 photos exclusives de Delon à regarder alors à la prochaine !

Jaskiers

Génération Perdue #35 |Visions

« Je monte sur la banquette de tir et regarde ce morceau de terrain entre nos premières lignes : maintes fois retourné, jonché de bois et de fils de fer barbelés auquels sont restés accrochés des morceaux d’étoffe bleue, rouge ou grise, de corps sur lesquels courent d’énormes rats, se posent des oiseaux qui repartent avec des morceaux de chair humaine. »

Éric Viot, « Les Blessures de l’âme ».

Jaskiers

Génération Perdue #34 |La peur…

« J’ai eu faim sans avoir à manger, soif sans avoir à boire, sommeil sans pouvoir dormir, froid sans povoir me réchauffer, et des poux sans pouvoir toujours me gratter…voila !
C’est tout…?
Non ce n’est rien , je vais vous dire la grande occupation de la guerre, la seule qui compte : J’AI EU PEUR .
 »

Gabriel Chevallier, La Peur.

Dessin inspiré par celui d’André Dunoyer de Segonzac intitulé « Soldat Endormi ».

Jaskiers

Génération Perdue #33 |Agonie

« Nous entrons en agonie. »

L’attaque est certaine (…). Surtout je ne dois pas penser… Que pourrais-je envisager ? Mourir ? Je ne veux pas l’envisager. Tuer ? C’est l’inconnu, et je n’ai aucune envie de tuer. La gloire ? On n’acquiert pas de gloire ici, il faut être plus en arrière. Avancer de cent, deux cent, trois cent mètres dans les positions allemandes ? J’ai trop vu que cela ne changeait rien aux événements. Je n’ai aucune haine, aucune ambition, aucun mobile. Pourtant je dois attaquer (…).

Je me souviens que j’ai vingt ans, l’âge que chantent les poètes… »

« La Peur » (Avant l’attaque) – G. Chevalier

Reproduction du dessin (de propagande) de Maurice Neumont :